Extrication de l’Enchevêtrement Sans Limites
Dans le monde de l’art, il existe toujours certains « esprits » singuliers — des êtres conscients d’eux-mêmes, sensibles, refusant de se conformer à l’ordre établi ou de se compromettre avec les conventions du monde. Tant dans leur vie que dans leur pratique artistique, ils maintiennent une distance vis-à-vis du courant dominant, comme s’ils traçaient l’ensemble d’une existence en une seule ligne afin de se dégager d’enchevêtrements infinis et insaisissables.
À mes yeux, Xu Jingyu n’est pas une artiste guidée par une réalité immédiate ou frontale ; ou plutôt, elle refuse de se laisser entraîner dans le « carnaval du réel ». Elle préserve au contraire, au cœur de son existence, un territoire intime appartenant uniquement à l’artiste. L’art qu’elle poursuit cherche une imagination capable d’exister indépendamment des contraintes de la réalité sociale extérieure. Ses œuvres semblent dépourvues des traces des discours contemporains dominants, tout en possédant une forme d’abandon libre, traversée par une sensibilité proche de Lolita et une séduction presque gothique.
Ses œuvres construisent fréquemment des scènes surréalistes où se mêlent acuité, déformation et absurdité dans un même espace allégorique. Peut-être cette forme allégorique constitue-t-elle elle-même le déploiement direct de son expérience vécue et une tentative de nommer un état émotionnel intérieur. On voit comment Xu Jingyu transforme des motifs récurrents — anges, troupeaux de moutons et autres figures symboliques — en signes personnels à la fois réels et mythiques. Elle confère ainsi à ses œuvres une tension visuelle autant dans le contenu que dans la forme, créant des espaces où réalité et rêve, fragilité et endurance, contradiction et attraction coexistent simultanément.
Bien que Xu Jingyu ne représente pas la complexité du réel de manière directe ou littérale, c’est précisément cette distance qui fait la force de son travail. L’éloignement du réel permet à son art de préserver des nuances émotionnelles délicates tout en révélant la matérialité de la peinture, de la photographie, de l’installation et des structures textiles. Face à ses œuvres, le regard rencontre sans cesse ces détails subtils.
Particulièrement marquantes sont les ailes emplumées qui réapparaissent dans son univers visuel. Elles symbolisent l’aspiration, mais aussi la persévérance intérieure, la retenue émotionnelle et l’espoir au sein du tumulte du monde contemporain. Par la photographie, la peinture et les fibres tissées, Xu Jingyu transforme expériences personnelles et imaginaire en gestes de libération émotionnelle et de réconciliation intérieure. Il en résulte des œuvres imprégnées d’une beauté tragique, parfois même d’une forme discrète de blessure.
En définitive, Xu Jingyu cherche à révéler, au sein d’un arrière-plan immense et chaotique, les fibres sensibles et les impulsions émotionnelles d’une existence fragile — ces traces qui dessinent la trajectoire du destin humain. En ce sens, ses œuvres constituent une représentation profondément sincère d’un monde intérieur imaginé : une réalité abstraite réfléchie depuis l’intérieur de l’être. Elles portent également la valeur ajoutée de la solitude et condensent, au milieu du vacarme du monde, une forme singulière d’affirmation de soi et d’expression personnelle.
— Feng Boyi